
La danse mandingue est bien plus qu’une simple expression corporelle ; elle est le souffle vital de l’Afrique de l’Ouest. Issue de l’ancien Empire du Mali (fondé au XIIIe siècle par Soundiata Keïta), cette tradition chorégraphique s’étend aujourd’hui sur plusieurs pays, notamment la Guinée, le Mali, le Sénégal, la Gambie et le Burkina Faso. Elle représente un dialogue permanent entre le corps, la terre et le rythme.
Un ancrage spirituel et social
Dans la culture mandingue, la danse n’est jamais déconnectée de la vie sociale. Elle accompagne chaque étape cruciale de l’existence : naissances, mariages, récoltes, initiations ou funérailles. Elle est un vecteur de communication qui permet de renforcer la cohésion du groupe et de transmettre l’histoire du peuple.
Chaque danse possède sa propre signification et son propre contexte. Par exemple, le Soli est une danse d’initiation pratiquée lors du passage à l’âge adulte, tandis que le Dundunba (la danse des hommes forts) célèbre le courage et la virilité.
La relation fusionnelle avec le rythme
L’élément central de la danse mandingue est sa relation indissociable avec la musique, et plus particulièrement avec le djembé et les dunduns (tambours basses). Contrairement à de nombreuses danses occidentales où la musique sert de fond sonore, ici, le danseur et le percussionniste sont en interaction constante.
C’est le « blocage » (ou signal) du percussionniste soliste qui dicte les changements de pas. Cette connexion demande une écoute intense : le danseur doit littéralement « entendre » le mouvement avant de l’exécuter. Le rythme ne soutient pas seulement le mouvement, il le provoque.
Caractéristiques techniques et esthétiques
La gestuelle mandingue se distingue par plusieurs éléments clés :
- L’ancrage au sol : Les genoux sont souvent fléchis et les pieds bien à plat sur la terre. Cette proximité avec le sol symbolise le lien avec les ancêtres et la nature.
- L’engagement total : C’est une danse d’une grande intensité physique. Elle sollicite l’ensemble du corps : les bras s’ouvrent largement, le bassin est mobile et le buste est souvent penché vers l’avant.
- Le polyrythme : Le corps du danseur peut exprimer plusieurs rythmes simultanément (les pieds marquent une cadence tandis que les bras en dessinent une autre).
Une tradition en mouvement
Si la danse mandingue puise ses racines dans les villages, elle a connu une transformation majeure au milieu du XXe siècle avec la création des Ballets Nationaux (notamment en Guinée sous la présidence de Sékou Touré). Pour la scène, les danses ont été stylisées, les formations ont été géométrisées et l’acrobatie a pris une place plus importante pour impressionner le public international.
Aujourd’hui, la danse mandingue rayonne partout dans le monde. Elle est enseignée dans des stages de New York à Paris, séduisant par son énergie brute et sa capacité à libérer les tensions. Elle reste un symbole puissant de résilience et de joie, prouvant que, malgré les siècles, le cœur de l’Empire du Mali continue de battre au rythme des tambours.
